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Rudy Bourgarel, l’étoile filante

Depuis le All-Star Game de la NBA mi-février 2015, le français Rudy Gobert a pris une nouvelle dimension avec les Utah Jazz. Ces derniers ont fait du grand pivot filiforme leur centre titulaire, et il les récompense de leur confiance en participant activement aux excellents résultats actuels (11 victoires en 13 matchs, 10,8 points, 17,9 rebonds et 35,6 minutes de jeu par match au mois de mars, avec une pointe à 24 rebonds). Mais quel est le lien entre Rudy Gobert, médaillé de bronze aux championnats du Monde avec l’équipe de France en 2014, et le basket pyrénéen ? Son père, Rudy Bourgarel, qui porta les couleurs toulousaines le temps d’un passage furtif.

Rudy Bourgarel fut l’un des plus grands espoirs du basket français, au milieu des années 80. Débarqué de Guadeloupe en 1984, il intègre l’équipe espoir du Stade Français, dont l’équipe 1 évolue en N1A. Bogdan Jovicic, alors assistant coach au Stade Français, se rappelle, dans les colonnes de Maxi-basket :

« La première fois que j’ai vu Rudy, c’était en avril 84. J’étais le seul coach à ce moment-là au Stade Français. On allait au Tournoi de Dieppe. C’était Patrick Cham qui l’avait fait venir de Guadeloupe. La première image que j’ai eu de lui, c’était celle d’une biche. C’est Kicanovic qui avait trouvé le surnom. Il était grand, il était timide. »

Grand et timide, certes, mais aussi un vrai phénomène athlétique, comme on en croisait peu à cette époque. 2,13 m de puissance, de tonicité. De quoi envisager une carrière extraordinaire. Rappelons-nous qu’à cette époque, les joueurs de plus de 2,10 m n’étaient pas légion en France, et que la plupart n’étaient pas aussi déliés qu’aujourd’hui. Cependant, en 1984, Rudy Bourgarel est quasi-débutant, et n’a pas de fondamentaux lui permettant de s’imposer autrement que physiquement.

L’aventure outre-Atlantique

Après une saison au Stade Français, il décide de s’expatrier aux Etats-Unis, en NCAA. Jovicic, parti à l’Université de Marist au début de la saison 1984-1985 relate l’arrivée de Rudy Bourgarel :

« En septembre 84, je suis parti du Stade. […]. J’ai gardé contact avec lui. En 85, j’étais en France au mois de mai.Rudy venait d’avoir des contacts avec Villanova, par l’intermédiaire d’Alex Bradley. Je lui ai dit que c’était trop dur, que cela pouvait être une erreur, qu’à Marist, il y avait Alain Forestier et Paoline Ekambi. Rik Smits venait de finir sa première année, il était encore moyen. Je lui ai dit qu’il pouvait être devant. Rudy est arrivé en septembre 85 »

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Rudy Bourgarel dans le vestiaire de Marist

Rudy Bourgarel pose donc ses valises dans la petite fac de Marist (2800 étudiants), dans l’état de New-York. Malheureusement pour lui, le pivot titulaire Rik Smits est au-dessus du lot. Celui-ci déploiera ses 2,21 m aux Indiana Pacers, à partir de 1988, dont il sera le point d’ancrage majeur. Dans l’ombre du géant hollandais, Rudy Bourgarel n’aura droit qu’à des miettes lors de ses deux premières saisons à Marist (9 minutes en freshman puis 14 minutes en sophomore). Il éclabousse néanmoins quelques rencontres de son talent comme en témoignent ses 6 contres en 10 minutes face à Cleveland State University.

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L’envergure de Rudy Bourgarel

La saison junior est plus réussie, Rudy Bourgarel et Rik Smits jouant côte à côte dans le système de Marist. Il assure une moyenne de 11 points et 7 rebonds par match, en 29 minutes de temps de jeu. Malheureusement, il met un terme à sa carrière universitaire sans aller au bout de son cursus, étant rappelé en France pour effectuer son service militaire. Il n’aura pas pu continuer sa progression et tenter de décrocher une place à la draft 1989.

Retour en France

Il revient donc pour la saison 1988-1989 en France, au Racing Paris. Entre temps, il étrenne ses premières sélections en équipe de France lors des matchs de préparation aux tournoi qualificatif pour les JO de Séoul. Alors qu’il était attendu comme le point d’ancrage incontournable des bleus, il ne disputera finalement que 19 matchs sous le maillot tricolore. Son expérience internationale s’arrêtera à ce tournoi qualificatif Olympique, à Rotterdam, en juillet 1988. L’équipe de France terminera 8ème sur 8, faisant un tournoi terne, sans âme…

Pendant deux saisons, il ne confirme pas son potentiel au Racing Paris, jouant 11’ puis 14’ en moyenne, pour des stats faméliques. Mais la vraie question est la suivante : a-t-il encore envie de jouer ? Il traine son mal-être et sa désillusion vis à vis d’une potentielle carrière NBA.

Chris Singleton, coach de Saint Quentin, décide de le recruter au début de la saison 1990-1991, pour lui donner un nouvel envol.

« On peut juste parler de ‘projet’ avec Rudy. Il faut qu’il travaille dur et qu’il se sente bien mentalement ici, éclairait Chris Singleton dans les colonnes de Maxi-Basket»

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Article de presse sur l’exclusion de Bourgarel

Las, il ne disputera que trois matchs sans relief (1,7 points), émaillés de quelques coups d’éclats peu reluisants. Il sera par exemple suspendu pendant cinq jours avant la réception de Gravelines, et assistera à la rencontre depuis les loges. Pour autant, Chris Singleton défendra son joueur, arguant qu’on ne lui a jamais laissé le temps de s’adapter :

« Une fois que son salaire a été connu en ville, on lui a demandé d’être bon tout de suite, style 10 points-7 rebonds. Bourgarel c’était un projet. Il lui fallait 2-3 ans. Par la suite, il n’a plus été capable de supporter la pression. Le public ne voulait pas de lui, les dirigeants le voulaient bon ou pas du tout… De toutes façons la pression financière était très lourde cette année à St Quentin, et on exigeait des résultats immédiats. »

De 1991 à 1993, il reste sur des saisons blanches, sans club, mais assiste à la naissance de son fils, qu’il prénommera aussi Rudy.

Un passage furtif au RC Toulouse

Pendant ce temps, le basket toulousain vivote en raison des difficultés financières. Le RC Toulouse n’arrive pas à présenter une équipe compétitive pour espérer briller en Pro B. Le début des années 90 est un long chemin de croix, avec des classements catastrophiques, mais le club est sauvé à chaque fois en raison de l’abandon d’autres clubs.

Vu les petits moyens dont disposait le club, le RCT était obligé de faire des paris au niveau du recrutement. Le coach Jacques Cachemire a souhaité constituer une raquette de « twin towers », en associant Rudy Bourgarel, alors sans club, avec David Derozier, 2,10 m, qui revenait de NCAA.

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Le RC Toulouse en 1993-1994, avec David Derozier et Rudy Bourgarel en « twin towers »

L’objectif de Jacques Cachemire était de relancer Rudy Bourgarel, en l’accompagnant du mieux qu’il pouvait, et en espérant qu’il trouve en lui un « grand frère ». Eric Sans, alors joueur du RCT se souvient :

« Il était mystérieux et timide… Un peu à l’écart du groupe. Par contre, il avait des qualités athlétiques impressionnantes ! Il était sec, musculeux, tonique. Toutes les qualités du poste 4 du haut de ses 2,13 m. Il me faisait penser à David Robinson.»

Malheureusement, là aussi, ce fut un fiasco. Rudy Bourgarel ne disputera qu’un match de championnat avec le RCT (7 points et 8 rebonds en 25 minutes), avant que sa licence ne soit retirée. La raison ? Licencié temporairement à Proville en Nationale 2, il devait signer avec le RCT avant le 1er juin, acte qu’il n’a pas réalisé.

Ce sera la dernière fois qu’il arpentera un terrain de basket. Le RCT finira la saison 93-94 à la 17ème place sur 18, et descendra en Nationale 2, avant de remonter avec le projet Spacer’s.

Il n’aura fait qu’un passage furtif dans la ville rose, mais on peut nourrir des regrets de ne pas avoir vu un tel potentiel s’épanouir sur les terrains. Il reste de la carrière de Rudy Bourgarel un immense sentiment de gâchis, tellement il était en avance athlétiquement. Le basket français avait mis beaucoup d’espoir dans son éclosion, mais n’avait peut-être pas pris le temps de l’accompagner suffisamment, il aura traîné son mal-être de club en club.

Aujourd’hui retiré dans les Antilles, Rudy Bourgarel peut voir son fils réaliser le rêve qu’il n’aura jamais pu accomplir : jouer en NBA.

Merci à Vincent Janssen et Eric Sans pour leur participation

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3 comments on “Rudy Bourgarel, l’étoile filante

  1. Bonjour. Je viens de te décerner un Liebster Award. (https://impressiondeliberty.wordpress.com/2015/03/24/petites-confidences-a-travers-le-liebster-award/) Alors si tu as envie de te prêter au jeu et de répondre à mon interview, c’est avec plaisir que je te lirai! A bientôt!

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  3. Ping : Rétrospective 2016: Encore une année dans le panier – HOOP DIARY

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