My basketball life

Une saison en enfer – 3ème partie

06/11/2009

Le début de saison est calamiteux, au bout de deux mois de compétition, nous n’avons toujours pas gagné de match, mais pire que tout, nous prenons des raclées monumentales. Le groupe n’existe pas à ce niveau, les vétérans venus nous « renforcer » ne sont présents qu’à domicile, et les jeunes ne sont pas au niveau. Seuls Fabrice et moi surnageons dans la morosité ambiante, en marquant à deux les trois quarts des points de l’équipe. Cependant, quelques rebondissements sont encore à prévoir, et la fin de saison sera moins catastrophique que prévue.

Novembre 1998

A cette époque, je prépare mon examen pour être entraineur régional au CREPS de Toulouse (en parallèle de ma saison catastrophique de joueur, mes benjamines de Salies du Salat avaient d’excellent résultats dans leur championnat, ça compensait).

Le dernier cours de la préparation se déroulait un samedi matin, et le thème présenté était « le circuit training ». Etant donné les piètres résultats de Montréjeau, je n’ai pas hésité lorsque la personne en charge de la présentation des ateliers a demandé des volontaires pour la démonstration, alors que je jouais le soir-même. Après tout, on jouait chez les leaders du championnat… Alors tant qu’à faire, autant que je m’éclate le matin au circuit training, parce que le soir, on allait se faire dépecer !

Au bout des deux heures de démonstration sous la direction d’Alex Gonzalez (qui était pour l’anecdote le préparateur physique de l’équipe de France en 1999), je ne pouvais plus mettre un pied devant l’autre, quant à porter mon plateau à la cantine du CREPS, c’était un vrai calvaire ! Aïe, ce soir, ça va être terrible si je ne peux pas jouer !

La journée se passe, mes courbatures diminuent. Je rentre chez mes parents en ariège, et je fais la route avec eux le soir même pour rejoindre le Carla Bayle, club ariègeois leader de poule.

Le président du club m’accueille, et est un peu surpris de me voir débarquer seul. Je lui explique que mes parents habitent pile à mi-chemin entre Montréjeau et le Carla Bayle. Ce détail aura de l’importance un peu plus tard.

Mes coéquipiers arrivent à une demi-heure du coup d’envoi (comme d’habitude), et nous commençons à jouer.

Et là, je me sens comme sur un nuage… Pourtant quelques heures avant je souffrais le martyr à cause du circuit training. Les effets passés, je me sentais tellement « in the zone » que je fais un match plein ! Je finis à 28 points, je prends malgré ma petite taille une flopée de rebonds, et nous… perdons de 40 points, comme d’habitude… On n’est pas dans un film hollywoodien non plus !

N’empêche que ma prestation attire l’œil des adversaires du jour, positionnés pour la montée.

Nous continuons notre parcours sur la phase aller, avec des défaites toujours aussi larges (dont une de 80 points contre l’un des co-leaders). Seuls faits notables :

– Lors d’un déplacement que je n’ai pu faire pour des raisons familiales, Fabrice, mon coéquipier préféré marque 49 des 55 points de l’équipe. C’est dire qu’on était seuls

– Lors d’un match à domicile, je m’engueule violemment avec l’un des ancêtres qui venait jouer avec nous. Il voulait que tous les ballons passent par lui, mais c’était un vrai trou noir, qui plus est inefficace. Il décida à ce moment de ne plus venir…

– Lors du dernier match à domicile de la phase aller, avant les vacances de Noël, alors que nous tenons (si si !) nos adversaires du jour, Tarbes, je prends une faute technique pour avoir traité l’arbitre de « bouffon » parce qu’il n’a pas sifflé sur moi une faute qui me semblait évidente (je sais, c’est mal)

La trêve de Noël arrive enfin, à la fin de la phase aller, nous sommes à 0-11, avec deux fois plus de points encaissés que marqués. Comme d’habitude, Fabrice et moi cumulons les trois quarts des points de l’équipe. Comme d’habitude, rien de notable… Il y a de quoi être blasé.

Cependant, durant les fêtes nous apprenons une très mauvaise nouvelle : l’un des jeunes joueurs de l’équipe se tue en voiture. Je l’ai très peu connu, car il avait fait peu de matchs avec nous à cause de ses études. Pourtant, son décès me touche naturellement, et me fait prendre conscience de certaines choses.

Arrêter de se prendre la tête, mais plutôt prendre du plaisir.

C’est quand même con qu’il faille un événement de ce type pour prendre du recul.

J’ai donc décidé de m’amuser de la situation, sans pour autant changer mon engagement sur le terrain. Moins de prises de tête avec les adversaires ou les arbitres (qui naissaient de la frustration de nos performances).

Janvier 1999

C’est la reprise ! Et le premier match retour de notre championnat.

Nous recevons Gondrin, qui nous avait martyrisé en une mi-temps lors du match aller. Différence notable, l’un des joueurs de Gondrin, Fred, est devenu un pote, puisque nous jouons en même temps dans la même équipe universitaire.

Ce match restera gravé dans ma mémoire à cause de deux événements notables :

Tout d’abord, j’avais oublié d’en parler un peu plus tôt, mais l’ancien coach de l’équipe, Paul, est revenu s’occuper de nous au bout de sept matchs.

Paul était un sacré personnage. Il était âgé d’une soixante d’année, avait joué en première division durant les années 50 ou 60. Il proposait du vieux basket, mais on ne bronchait pas, parce qu’il avait, malgré sa petite taille, une sacré poigne. Même Fabrice, qui était parfois limite ingérable, s’inclinait face à lui.

Pendant l’échauffement de ce match, Paul m’appelle. Je suppose qu’il veut me donner les habituelles consignes (« tu ballades au fond »), que je n’ai d’ailleurs toujours pas compris 10 ans après !

J’arrive tout guilleret vers lui, et subitement, je prends sa main de bûcheron en pleine figure ! Je n’ai pas vu venir la claque !

Alors que je me tiens la joue endolorie (voire la mâchoire déboitée), il me dit en me pointant du doigt :

– Et aujourd’hui tu te tais !

Paul n’était pas là quand j’avais pris une faute technique avant les fêtes. Il a voulu me remettre dans le droit chemin… J’avoue que ça aura marché, je suis reparti la tête basse à l’échauffement, sous le regard hilare de Fabrice, qui était habitué à prendre des coups de pied au derrière par Paul (et ce n’est pas au figuré).

Le match en lui-même est vite plié, puisque nous nous inclinons d’une trentaine de points. Néanmoins, nous avons fait le spectacle puisque j’ai lancé Fabrice sur un alley hoop sur la défense de zone gersoise. Celui-ci fait un grand match, avec trois dunks et 25 points, mais sort pour 5 fautes à sept ou huit minutes de la fin du match.

A ce moment-là, Fabrice et moi nous chambrions pour savoir qui marquerait le plus (c’est dire à quel point on en était). Mon pote gondrinois vient me voir pendant un arrêt de jeu :

T’as marqué combien ? Et Fabrice ?

Je lui dit que je dois être à 21 points, et que Fabrice en est à 25. Il réfléchit et reprend :

– Je n’ai pas encore de fautes, on a les sept fautes collectives (c’était à l’époque des mi-temps). Mon coach ne peut pas me sortir, donc je te donne 4 fautes, t’as intérêt de scorer tes lancers-francs !

C’était du jamais vu ! Deux adversaires complotant de la sorte ! Il n’y avait plus d’enjeu de match, alors on s’amusait comme on peut. Avec le recul, je reconnais que c’est pas terrible, mais qu’est-ce qu’on s’est marrés ! On en parle encore 10 ans après !

En effet, mon adversaire acolyte m’attendait ligne médiane, et en feignant de vouloir me voler le ballon dans le dribble fait une faute. Deux lancers-francs. Marqués.

Deux ou trois actions plus tard, rebelote. Deux lancers-francs. Deux points supplémentaires.

Et ça recommence encore une fois, sauf que l’arbitre commence à se douter de quelque chose. Il ne siffle pas, Fred est obligé de me tenir le bras !

Ca lui vaut bien sûr des remontrances par ses coéquipiers, mais il n’en tient pas compte, mon coach et Fabrice sont interloqués.

Alors que je rate mon premier lancer, Fred me hurle dessus avec un grand sourire :

– Ca sert à quoi que je te donne des lancers si t’es pas foutu de les mettre !!!

L’arbitre me donne le ballon pour le second lancer en me demandant à quoi on joue tous les deux. Je ne réponds pas et marque le second.

Il ne reste plus qu’une faute à me donner. L’arbitre a compris ce qui se tramait et décide de laisser jouer. Ainsi, sur cette montée de balle, je suis obligé de dribbler alors que Fred me tape sur le bras, puis le tient, et doit finalement me monter dessus pour prendre la faute ! J’ai fini avec un adversaire en sac à dos !!!

Deux lancers francs marqués plus tard, mon contrat rempli, je finis meilleur marqueur du match avec 28 points, devant un Fabrice dépité que j’en vienne à de telles bassesses pour lui passer devant à la marque.

Au-delà de cet événement qui se veut plus marrant qu’autre chose (il y a prescription, non ?), le groupe de jeunes présent s’accroche et progresse. Et nos cadets commencent à produire du jeu. De plus, il y a eu un déclic : on n’a rien à perdre (c’est le cas de le dire), faisons nous plaisir !

La phase retour sera-t-elle moins compliquée que les matchs aller ?

ASM4

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À propos Frank Cambus

Passionné de basket, collectionneur à mes heures, j'empile les magazines et livres de basket autant que Jojo enfilait les paniers ou Stockton les passes... Il est temps de les ressortir et de les partager!

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