Réflexions

Le nerf de la guerre

0304_SOU_College-of-Idaho

 

“The secret is to have eight great players and four others who will cheer like crazy.”

Jerry Tarkanian

Pour traduire le plus fidèlement possible les propos de Jerry Tarkanian, « le secret est d’avoir huit très forts joueurs et quatre autres qui encouragent à fond » (les anglophones amenderont ma traduction).

En d’autres mots: il est extrêmement difficile de coacher un effectif de 10 ou 12 joueurs. Raisonnablement, une rotation à 8 joueurs est plus facile à gérer qu’un groupe complet.

Au basket, le temps de jeu est le nerf de la guerre. Si on veut la paix en tant que coach, il faudrait pouvoir donner autant de minutes à chaque joueur… Quoique… Je développerai dans mon propos une nuance à ce sujet.

Et quid des joueurs ne disposant pas d’un temps de jeu conséquent ? Vivent-ils cela comme une mise à l’écart ? Acceptent-ils le choix de l’entraîneur ?

Temps de jeu : où est le jeu, quel est l’enjeu ?

Derrière le titre de ce paragraphe, la problématique est soulevée : faut-il privilégier l’aspect « jeu » en faisant jouer tout le monde autant de temps, ou bien « l’enjeu » prend le pas et seulement la productivité du joueur compte ?

Selon les catégories concernées, le niveau de jeu ou les objectifs du groupe, on peut aborder cette question sous différents angles. Autant on peut imaginer, à juste titre, que des poussins vont tous jouer autant les uns que les autres, autant on se doute bien qu’une équipe de NM2 fera tourner son effectif en fonction des capacités et de la productivité des joueurs, le but étant bien entendu, avant tout, de gagner le match du week-end.

Si l’on occulte volontairement les catégories où le tout le monde doit jouer, et si l’on se focalise sur les niveaux qui ne sont pas dans le monde professionnel, quels sont les critères qu’un coach utilise pour distribuer le temps de jeu, ou définir quel sera son cinq de départ (autre souci à gérer, comme chacun le sait) ?

Je crois qu’il n’y a pas de vérité en ce domaine. En effet, chaque joueur est différent, et donc chaque équipe également. Certains coachs cherchent la paix sociale en privilégiant certains « cadres » dans le cinq de départ, au détriment de jeunes parfois plus talentueux. On peut aussi considérer que c’est l’expérience qui prime et qu’un joueur plus « mature » mettra de suite l’équipe dans les bons rails.

En termes de minutes passées sur le terrain, le rééquilibrage se fait souvent lorsque le joueur sorti du banc produit de bonnes prestations. Cependant, on peut parfois constater (et ce dans 99% des équipes – pour ne pas être péremptoire –) que certains joueurs bénéficient de plus de crédit que d’autres. Combien de fois a-t-on vu le titulaire du poste passer complètement à côté de son match, cumuler les boulettes, mais rester sur le terrain au détriment d’un autre joueur labellisé « remplaçant » qui ne ramasse que les miettes de temps de jeu. Ferait-il mieux ? A-t-il la confiance de son coach ou est-il lui-même en confiance quant à ses capacités ? Je développerai ce point-là en deuxième partie.

Lorsqu’on coache une équipe, on établit dès le début de saison une hiérarchie (qui est capitaine, qui joue tel poste, qui est dans le cinq…). Selon les équipes, selon les philosophies, celle-ci est soit immuable soit en perpétuelle évolution. Par contre quelque chose ne change pas (c’est ce que l’un de mes premiers entraineurs mettait en avant pour justifier certains choix) : le temps de jeu que l’on donne à un joueur en enlève mathématiquement à un autre.

Alors, mérite ou dû ?

Combien de joueurs se sont donnés à l’entraînement en espérant rentrer dans les plans du coach ? Combien de joueurs pensent que leur réputation suffit amplement ?

Combien de joueurs sont effectivement talentueux mais ne rentrent pas dans le cadre défini de l’équipe ? (en termes de comportement, de polyvalence ou inversement de spécialisation par exemple)

Pour les deux premières questions, je vous envoie jeter un œil à l’excellent blog de Dean27 qui relate son expérience en High School, et aux efforts qu’il a du faire pour intégrer l’équipe, alors que d’autres séchaient les séances de pré-saison et se pointaient juste pour les sélections.

Et alors que l’on parle de coaching, quid des joueurs, qui sont les premiers concernés ?

There’s no « I » in « TEAM »

Ce titre connu (il n’y a pas d’individualisme dans une équipe – traduction libre –) rappelle la première citation de Jerry Tarkanian : tout le monde a un rôle à jouer… mais pas forcément au même niveau.Une équipe est constituée d’individualités… Qui bossent ensemble pour fonder un groupe, qui ne doivent donc pas agir de manière individualiste.

Or on reste confronté à la réalité : les égos prennent souvent le pas.

Alors lorsqu’on est relégué au bout du banc, appartient-on au groupe ?

Je pense que oui. Un groupe est un amalgame de compétences, qui œuvrent dans le même sens, où chacun apporte sa pierre à l’édifice. Même si c’est parfois frustrant de ne pas être un joueur majeur ou reconnu en tant que tel.

J’ai déjà vécu ce genre de situations, où l’on joue peu, ou pas. Quant à la fin on serre la main aux adversaires, et qu’ils disent le traditionnel « bien joué », on peut se sentir mal à l’aise, parce qu’on n’a peut-être même pas foulé le terrain !

Et pourtant une équipe a besoin de tout le monde, pour être réellement complémentaire : du joueur « superstar » (par le jeu, pas par l’attitude) au joueur « porteur d’eau ». La concurrence dans le groupe permet à chacun de se remettre en question et d’évoluer, aussi bien pour le bon joueur qui doit chercher à garder sa place, que pour le joueur moyen qui cherche à la gagner. C’est cette émulation qui permet une progression permanente du groupe. Mais il faut en accepter la règle édictée par l’entraineur quant à la rotation.

C’est là où je pense que le maître mot est la communication. Il n’y a rien de pire que de voir un joueur rentrer en conflit avec son coach, mettant son égo au dessus de l’intérêt de l’équipe, ou alors se désintéresser du jeu en revenant sur le banc. Le rôle du coach est d’expliquer ce qu’il attend de chaque joueur, quelles seront ses responsabilités… ou pas.

Ainsi un joueur sachant ce qu’il fait dans le groupe, quelle est sa marge de manœuvre sera (s’il accepte cela bien sûr) certainement plus efficace qu’un joueur rentrant avec la peur de mal faire, parce qu’il n’a pas été recentré sur ses missions.

Depuis que je coache de cette manière, je me rends compte que les joueuses les plus introverties arrivent à prendre des initiatives car elles savent quel est leur rôle dans l’équipe.

Par ailleurs, j’ai vécu il y a quatre ou cinq ans une « mise à l’écart » d’un groupe senior, où le coach a préféré deux autres meneurs à ma place. La pédagogie dont il a fait preuve, ne m’a pas mal fait réagir, alors que j’étais blessé dans mon égo. Il a été clair, m’a exposé ses arguments (que je réfute ou pas, peu importe) et son choix. J’ai été forcé de l’accepter… Mais je l’ai surtout respecté.

Il n’avait donc pas confiance en moi, et j’allais peu jouer. Si j’étais resté, aurais-je eu confiance en moi pour m’exprimer pleinement ?

A ses yeux, j’aurais été un joueur qui « cheer like crazy » pour paraphraser Jerry Tarkanian, mais dans quel état aurais-je en condition de compétition ?

Et finalement, est-ce que j’aurais continué d’encourager mes coéquipiers ?

Est-ce une injustice ou est-ce normal ? Les choix d’un coach sont-ils toujours justifiés ou non ?  La motivation reste-t-elle intacte dans ces situations-là ?

Beaucoup de questions posées pour peu de réponses finalement. Je pense que toute expérience est unique et bonne à échanger. Comment chacun vit-il cette question de temps de jeu de sa position (joueur, entraîneur…) ? Le débat est ouvert !

Publicités

À propos Frank Cambus

Passionné de basket, collectionneur à mes heures, j'empile les magazines et livres de basket autant que Jojo enfilait les paniers ou Stockton les passes... Il est temps de les ressortir et de les partager!

1 comment on “Le nerf de la guerre

  1. Ping : 17 façons de gagner de temps de jeu | basketballcoachbob

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :