Le Racing Club Municipal Toulouse est de retour ! Si en 1970 le retour du football professionnel avait sonné le glas des ambitions du basket toulousain, avec en prime une traversée du désert sur cette décennie, le RCMT renait des ses cendres en 1982 et veut rapidement retrouver le haut niveau. Si le chemin est parsemé d’embûches, et s’il faut bien attendre la fin des années 90 pour que l’objectif soit atteint (bien que ce soit de manière éphémère), il y a quelques rayons de soleil qui font du bien, dont le gain de la coupe de France en 1986.

Champion de France en titre de Nationale III en 1985, le RCMT continue d’afficher ses ambitions pour remettre Toulouse sur la carte de France du basket. La qualité de l’effectif en est la preuve, avec de la continuité dans les joueurs cadres, et l’ajout de renforts de qualité. Pour entourer le joueur-entraineur Jacques Cachemire, véritable légende du basket français, on retrouve les américains naturalisés français Sterling Wright et Pat Taylor. Le premier cité a déjà, à 35 ans, une grande carrière derrière lui, de la ABA à la première division française, alors que Taylor, à tout juste 25 ans s’apprête à fréquenter les divisions professionnelles avec Le Mans, Dijon, St Quentin et Toulon. Malheureusement il décédera d’un accident en décembre 2005.

A leurs côtés, « Cachou » peut compter sur des jeunes joueurs en pleine éclosion: Olivier Basset, qui deviendra une valeur sûre de ProA et ProB (Dijon, Monaco, Toulon), et qui fait la démonstration de ses qualités athlétiques à chaque match. Le meneur de jeu de ce groupe n’est autre qu’une figure du basket toulousain, alors tout juste âgé de 21 ans, Christophe Soulé, promis à un grand avenir international. Le troisième jeune joueur à mettre en exergue dans ce groupe est Philippe Laperche. Si celui-ci ne connaitra que Nancy en ProB par la suite, il arrive tout de même à Toulouse en provenance d’Orthez, avec une Coupe d’Europe Korac en poche !

Jean-Michel Cazenave, Alain Jacquemin et Bernard Bazile, qui ont participé (tout comme Soulé) à la renaissance du RCMT sont toujours fidèles au poste. Enfin le groupe est complété par un pivot américain de 2m08, John Washington. Pour ce dernier, c’est un retour en France après un premier passage à Vichy qu’il accompagna à la montée en Nationale 1 quelques années auparavant.

De la taille, une continuité dans l’effectif, de l’expérience mélangée à une jeunesse prometteuse… Voilà un cocktail détonnant pour cette équipe promue en Nationale II, et qui compte bien ne pas en rester là. Et ce sera le cas, puisque le RCMT finira sa saison 1985-86 à la 3e place de sa poule, derrière Nice et Montpellier, mais va surtout s’illustrer par un parcours remarquable en Coupe de France.

Le RCMT 1985-1986

Les premiers tours

Pour le RCMT, l’entrée en Coupe de France se déroule le 1er février 1986 en 64e de finale, et c’est l’équipe d’Agen, évoluant en Nationale III qui se dresse face à eux. Malgré les 28 points de N’Doye et les 16 de Pautot, les Lot-et-Garonnais n’ont pas pu rivaliser avec la profondeur de l’effectif toulousain. Soulé a mené la charge avec ses 19 points, accompagné par Laperche (15), Jacquemin (14), Basset (13) et les 7 points de Washington pour permettre au RCMT de s’imposer 91 à 76.

Au tour suivant, c’est un autre pensionnaire de Nationale III qui reçoit les toulousains: Castres. Malgré un Billy Reid en verve (27 points), bien secondé par Massamba Gueye (19 points), c’est le RCMT qui s’impose 91-76 grâce à une marque à nouveau bien répartie (4 joueurs entre 16 et 21 points)

Les toulousains étant désormais sûrs de ne plus pouvoir accéder en Nationale 1B suite à leur défaite en championnat face à Montpellier, ils fixent la coupe de France comme l’objectif numéro 1. Habitués à jouer des équipes de Nationale III lors des tours précédents, ce n’est pas surprenant pour Toulouse de jouer au tour suivant l’AL Valence sur Baïse (qui fera quelques années plus tard à son tour un parcours remarquable en Coupe de France). Mais jouer dans les arènes gersoises n’est jamais facile, et malgré la division d’écart, porté par son public, Valence a donné du fil à retordre au RCMT. Toulouse l’emporte finalement 97 à 88, grâce à l’efficacité d’Oliver Basset (18 points) et de Sterling Wright (17 points).

Philippe Laperche au shoot, sous les yeux de Christophe Soulé (4) et Olivier Basset (6)

Qualifiés en huitième de finale, les toulousains reçoivent le 29 mars l’équipe de Vaulx-en-Velin, pensionnaire (elle aussi!) de Nationale III. Mais attention, cette équipe n’est certainement pas à prendre à la légère ! S’il n’y a qu’un joueur de plus de 2 mètres dans l’effectif, celui-ci le dépasse allégrement, culminant à 2m15. Et en plus, son passé de basketteur est assez éloquent, puisqu’il a joué (un petit peu) en NBA (Chicago Bulls en 1967-68). Il s’agit de Graig Spitzer, connu désormais pour être agent de joueurs. Certes, ayant dépassé la quarantaine, il est plus en fin de carrière qu’au début de celle-ci, mais cela reste un adversaire de poids pour le RCMT, qui fait passer l’équipe de Vaulx-en-Velin dans une autre dimension. Et effectivement, en l’absence de son meneur Christophe Soulé qui a raté son train (sic), le RCMT va être bousculé, en concédant notamment 10 rebonds offensifs et en perdant 20 ballons sur cette rencontre. Et malgré l’abattage de Spitzer, c’est à l’usure que les toulousains vont s’imposer 84 à 75 en terre lyonnaise.

Sortez les mouchoirs !

Après avoir éliminé consécutivement quatre équipes de Nationale III, le RCMT va avoir un tirage au sort beaucoup moins clément: c’est désormais Cholet qui se dresse sur le parcours des toulousains. L’équipe du Maine-et-Loire poursuit sa fulgurante ascension, qui l’a menée depuis sa création 11 ans plus tôt, du plus bas échelon départemental vers le niveau professionnel. En 1985-86, Cholet termine 1er de la Poule B du championnat de France Nationale II, et remporte face à Nice le titre de Champion de France de cette division. On connait la suite, le club des Mauges est solidement accroché à l’élite depuis cette époque, et aura sorti de nombreux joueurs de très haut niveau, d’Antoine Rigaudeau à Rudy Gobert en passant par Nando De Colo ou Jim Bilba notamment.

Pour en revenir à ce quart de finale, nous avons d’un côté les choletais qui surfent sur une très bonne dynamique, qu’ils concrétiseront en fin d’année avec le titre de champion de France Nationale II, et de l’autre côté, des toulousains avec un moral en berne. En effet, après avoir laissé passer la possibilité d’accéder au niveau supérieur après la défaite face à Montpellier, Toulouse finit la saison avec quelques résultats décevants (défaites contre Nice et Roanne). Le rachat en Coupe de France est donc nécessaire, mais il va falloir passer Cholet, si on ne veut pas sortir les mouchoirs.

Cholet, c’est un collectif impressionnant, avec le franco-américain Nicky White, qui a accompagné le club de la Nationale III à la Nationale I. Michael Payne, un joueur altruiste, tout juste drafté par les Houston Rockets, coupé par Bobby Knight juste avant les JO de 1984, apporte tout son talent et ses 2m08 dans la raquette des Mauges. Cholet, c’est aussi Lindsay Hairston, un joueur expérimenté, déjà vu du côté des Detroit Pistons, avec un record à 23 rebonds en un match, mais aussi de Pau où il a remporté la coupe Korac en 1984 avec son adversaire du jour, Philippe Laperche… Autour de cette triplette, des joueurs français comme Eric Girard, qui viendra jouer à Toulouse quelques années plus tard, Patrick Zamour, Thierry Chevrier, futur Directeur Général du club ou encore Laurent Biteau, qui a rédigé un ouvrage sur le Président emblématique de Cholet, Michel Léger, retraçant le parcours du club vers l’élite.

Vous l’aurez compris, il y a un véritable mur à franchir pour les toulousains, et pour compliquer la tâche, le RCMT ne se déplace à la salle Du-Bellay qu’avec sept joueurs, Bazile, Jacquemin et Cazenave manquant à l’appel.

Pour autant, Cholet prend le match très au sérieux, comme l’aura déclaré le coach Tom Becker dans les colonnes du Courrier de l’Ouest: « En regardant la cassette vidéo de la rencontre Toulouse-Nice, j’ai pu constater à quel point cette formation jouait vite et pouvait être très brillante par moment. Laperche et Soulé m’ont par exemple beaucoup impressionné. Pour les battre, il faudra que nous soyons à 100%, c’est sûr ».

Et même en étant à 100%, cela n’a pas suffit pour repousser la grinta toulousaine. Au terme d’une rencontre disputée et indécise, le RCMT s’impose dans un mouchoir de poche, 72 à 68. Cholet peut sortir les mouchoirs… Malgré un Payne exemplaire (25 points), bien secondé par Thierry Chevrier (19 points), c’est bien le collectif toulousain qui prend le dessus, avec les 26 points d’un Pat Taylor intenable, et grâce à la défense dans le jeu intérieur de John Washington et Sterling Wright.

Le Nord contre le Sud

Nous voici désormais dans le dernier carré de cette Coupe de France 1986, avec deux équipes de Nationale III (Chalons et Tarare), et deux de Nationale II (Toulouse et St Quentin). Et le tirage au sort va désigner la finale avant la lettre, avec un choc entre le Nord et le Sud, Toulouse contre St Quentin. Le match prévu le 10 mai 1986 se déroule à Bourges, dans la salle du Prado.

Saint Quentin a conclu son championnat à la 6e place, mais reste un adversaire de taille pour le RCMT. On retrouve notamment dans l’effectif un ancien joueur de l’Espérance de Toulouse, Philippe Scholastique (33 ans), qui a joué au plus haut niveau avec Reims; l’ailier américain Henry Wright et les deux franco-américains Chris Singleton et Mike Gonsalves, tous deux reconvertis par la suite dans le coaching.

Enfin il ne faut pas oublier que St Quentin est le finaliste malheureux de la Coupe de France précédente, battu par Toulon de trois points. Il y a donc pour les Picards une revanche à prendre !

Pour autant, le match est maitrisé de bout en bout par Toulouse, avantagé dans le jeu intérieur avec la taille d’un John Washington omniprésent (22 points). Si Henry Wright et Philippe Scholastique, auteurs de 20 et 18 points respectivement, n’auront rien à se reprocher, c’est bien le collectif et la profondeur de banc toulousain qui feront la différence dans cette rencontre remportée 77 à 69 par le RCMT.

Toulouse-sur-Seine

C’est la dernière ligne droite pour le RCMT, la dernière étape avant de soulever la Coupe de France tant espérée, pour rattraper une fin de saison en championnat légèrement décevante avec trois revers consécutifs. Mais pour cela, il faut battre Tarare, nouveau Champion de France de Nationale III.

Le match se déroule à Pontoise, le 24 mai 1986, à 20h30. Malheureusement, au même moment, le Stade Toulousain dispute sa finale du championnat de France de rugby contre Agen au Parc des Princes. Si des wagons de trains sont réservés aux supporters toulousains pour rallier la capitale, c’est pour aller principalement soutenir le Stade. Les dirigeants toulousains ont bien essayé de déplacer la finale de basket au samedi après-midi, avec l’accord de Tarare. Mais ceux de Pontoise ont refusé, tout ayant été préparé et réservé à l’avance pour accueillir cette finale de coupe.

Las, les toulousains n’ont pas le choix et se contenteront de soutenir à distance leurs homologues du ballon ovale. Comme le précise un Cachemire désappointé dans les colonnes de la Dépêche, « nous ne verrons pas le match, mais nous aurons les cassettes ».

Quoiqu’il en soit, le match n’est certainement pas une promenade de santé. Tarare ayant atteint son objectif d’accession au niveau supérieur, l’équipe rhodanienne se présente sans pression sur cette finale. Et cette décontraction apparente leur permet d’aborder le match dans les meilleures conditions. Blaterie, Jones, Souzy et Gérard Chat pour Tarare jouent les yeux dans les yeux avec des toulousains pourtant favoris. A la mi-temps, seulement deux points séparent les deux équipes (43-41 pour Toulouse). Le quatuor de Tarare joue une partition impeccable, avec 82 points inscrits (sur les 84 au final), mais c’est bien le collectif toulousain, qui remporte ce match 95 à 84. Si la marque a été bien répartie avec Basset (6), Taylor et Washington(8), Soulé (13), Laperche et Wright (16), c’est bien le match de titan de Jacques Cachemire qu’il convient de mettre en exergue: 26 points en sortie de banc, et des paniers importants pour faire basculer la rencontre dans les derniers instants. Toute l’expérience de l’entraineur-joueur du RCMT, international à 250 reprises dans sa longue et prolifique carrière.

Les vainqueurs de la Coupe de France 1986: Sterling Wright, John Washington, Bernard Bazile, Pat Taylor, Christophe Soulé, Jean-Michel Cazenave, Alain Jacquemin, Olivier Basset, Jacques Cachemire et Philippe Laperche

En attendant, il est temps pour les toulousains de fêter dignement jusqu’au bout de la nuit cette coupe. La légende raconte qu’ils ont franchi l’avenue des Champs-Elysées pour retrouver les joueurs du Stade dans une autre boite de nuit, pour une soirée mémorable.

La coupe en poche, le RCMT confirme qu’il est sur une pente ascendante qui lui permet d’espérer retrouver le haut niveau dans les années futures. Ce qui sera chose faite dès la saison suivante, avec l’accession en N1B. C’est la première coupe remportée par le RCMT, après un échec face au PUC d’Henry Fields et André Souvré en 1962, qui sera suivie d’une autre en 2018 par leurs descendants du TBC.

Publié par Frank Cambus

Passionné de basket, collectionneur à mes heures, j'empile les magazines et livres de basket autant que Jojo enfilait les paniers ou Stockton les passes... Il est temps de les ressortir et de les partager!

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