De retour au plus haut niveau après une saison de purgatoire en Nationale II lors de la saison 1968-1969, le Racing Club Municipal Toulouse affiche ses ambitions avec un recrutement XXL. En plus, derrière un rugby omnipotent dans la région, le basket est bien implanté, et possède un public déjà conquis. Pour une fois, le foot n’est pas un concurrent direct du basket. Enfin, ça c’était au début de la saison 1969-1970. Cette saison sera surtout le chant du cygne pour le basket toulousain, qui mettra plus de 25 ans à revenir sur la carte du basket, de manière éphémère. Le retour du football de haut niveau, et donc à terme du Téfécé (Toulouse Football Club pour les non-initiés) marquera le déclin du basket, ces deux événements étant étroitement liés.

En 1967-68, après une saison en demi-teinte, ponctuée par un bilan de 8 victoires, 12 défaites et 2 nuls (si, si), le RCMT est rétrogradé en deuxième division. Pour l’anecdote, si le RCMT n’est plus en Nationale 1 en 1969-1970, Toulouse apparait malgré tout dans les classements: la ville rose sera représentée cette saison par le Toulouse Université Club qui obtient sa montée de Nationale II au même moment. Le TUC ne fera qu’une seule saison au plus haut niveau, malgré la présence dans ses rangs du scoreur William Davis et de l’ancien du PUC André Souvré.

Conservant la quasi-totalité de son effectif, rodé aux joutes de l’élite, et porté par les inamovibles Mihajlo « Michel » Pfendt et l’ancien international Louis Bertorelle, Le RCMT survole la Nationale II au cours de la saison 1968-1969, tout juste chatouillé par l’ASPO Tours au classement. Par l’intermédiaire du chassé-croisé RCMT-TUC, Toulouse garde une place dans l’élite du basket français pour la saison suivante.

Un recrutement XXL

Et pour cette nouvelle saison 1969-1970, le RCMT affiche ses ambitions ! La base est identique, il n’y a pas de départ majeur à déplorer, Pfendt et Bertorelle sont toujours présents, tout comme l’entraineur Jo Di Marco. Les jeunes prennent du galon tel Jean-Louis Larroussinie ou Gérard Danné, alors que Claude Marc et Guy Belda (26 et 27 ans) assurent une stabilité offensive à cette équipe. C’est surtout le recrutement qui fait parler !

Seulement deux nouveaux joueurs. Mais quels joueurs !

Tout d’abord, le RCMT accueille le pivot yougoslave Dragan Kovačić. Transfuge de Vichy, où il a effectué deux saisons solides à près de 20 points de moyenne. Kovačić présente aussi un CV intéressant, avec des médailles d’argent obtenues aux championnats du Monde 1963 et 1967, et au championnat d’Europe 1965. On peut difficilement nier la plus value de cette nouvelle recrue pour Toulouse, qui a côtoyé les plus grands joueurs yougoslaves de sa génération.

Dragan Kovačić sous le maillot du Lokomotiv Zagreb, où il évoluera de 1961 à 1967

Mais c’est surtout le deuxième joueur a rejoindre les bords de la Garonne qui va faire parler: Jean-Pierre Staelens, un des piliers de l’équipe de France !

Staelens, c’est le meilleur marqueur du championnat de France entre 1966 et 1968, avec une moyenne de plus de 29 points par match en 66-67. C’est aussi le détenteur (encore aujourd’hui) du record de points sur un match de première division (71 points contre Valenciennes le 4 mars 1967). Il valait encore 26 points par match la saison précédente. Et bien qu’il ne reproduise pas autant ces performances avec l’Equipe de France, il n’en reste pas moins l’un des leaders offensifs.

C’est la rentrée pour les joueurs du RCMT. De gauche à droite: Jo Di Marco, Dragan Kovačić, Gérard Danné, Jean-Louis Teulié, Jean-Pierre Staelens, Mihaljo Pfendt, Jean-Louis Laroussinie, Jean-Paul Soriano

N’en jetez plus, Toulouse en cette saison 1969-1970, c’est du solide !

Mais au fait, comment le RCMT a réussi à attirer dans ses rangs un international de l’envergure de Jean-Pierre Staelens ? Pur produit du Nord, qui a fait toutes ses classes à Denain, personne n’imaginait Staelens quitter ses terres. Et pourtant, en raison de dissensions avec les dirigeants denaisiens, et l’envie de découvrir autre chose, Jean-Pierre Staelens a saisi l’opportunité de rejoindre Toulouse, où un stage professionnel l’attendait. Car oui, n’oublions pas qu’à cette époque, les joueurs avaient un statut d’amateur, et devaient aussi penser aux à-côtés. Staelens a été séduit par la proposition de Lilian Buzzichelli, responsable d’une entreprise de levage, pour effectuer un stage sur la gestion d’entreprise.

Lilian Buzzichelli se positionne comme le nouvel homme fort du basket toulousain, son mécénat permettant au RCMT de se situer parmi les équipes à suivre du championnat. Enfin, l’homme providentiel qui va permettre à Toulouse de s’ancrer dans le paysage du basket français !

Une saison en demi-teinte

Las, le RCMT fait une saison finalement moyenne, malgré l’apport indéniable de Kovačić et Staelens (respectivement 24,7 et 22,5 points par match) et finit à une passable 7e place (9 victoires, 12 défaites et un nul), toutefois synonyme de maintien. Des blessures, un manque d’alchimie, une adresse en berne pour Staelens… Malgré cela, pour ce dernier l’expérience toulousaine est profitable, celui-ci déclarant:

C’est avec le RCM Toulouse que j’ai commencé à tout faire sur un terrain. Comprenez-moi: avec Denain, je me bornais à courir et à attendre la balle pour essayer ensuite de marquer. En dehors de la monotonie de l’action, il m’était impossible de compléter mon bagage technique, ce dont je souffrais parfois dans les matchs internationaux. En revanche, à Toulouse, tout était différent puisqu’il y avait un véritable pivot en la personne de Kovačić, sans oublier Pfendt. Il était donc logique que je m’écarte beaucoup plus du panneau adverse pour jouer comme un véritable ailier. Mais il me fallut m’adapter à ce nouveau poste qui est différent. Malheureusement, en voulant trop bien faire et apporter le maximum à mon nouveau club, j’ai sans doute commis une erreur dans ma préparation physique. Très lié avec les rugbymen du Stade Toulousain, je me suis mis à pratiquer la musculation avec eux. Elle n’était évidemment pas conçue en fonction du basket et si j’ai pris des muscles, je me suis alourdi aux dépens de mon adresse.

Jean-Pierre Staelens dans cinq majeur, de Jean-Pierre Dusseaulx, 1972

Le moins que l’on puisse dire, c’est que Jean-Pierre Staelens se plaisait bien à Toulouse. Et il y serait bien resté… si le club n’avait pas quitté la première division.

Car oui, malgré sa 7e place, somme toute honorable, le RCMT est en grande difficulté financière, et n’arrive pas à aborder le virage pseudo-professionnel du basket français. En effet, c’est à cette époque qu’en moyenne deux joueurs américains prennent leur place dans les effectifs des clubs de l’élite. Et s’ils élèvent indéniablement le niveau, cela a un coût, que certains clubs ne peuvent se permettre. Et le RCMT en fait partie.

Nombreux sont les départs, dont celui de Jean-Pierre Staelens qui retourne à Denain, son club de coeur. Il finira sa grande carrière dans le Nord et deviendra l’entraineur du club. Cela lui permettra de dénicher quelques talents, dont notamment Tony Parker Sr. Il deviendra d’ailleurs le parrain du fils de ce dernier, un certain Tony Parker, un autre célèbre numéro 9.

Jean-Pierre Staelens sous le maillot de Denain

C’est ainsi qu’à l’issue de la saison 1969-1970, le RCMT quitte la Nationale I, au profit de Berck, qui connaitra un grand succès sur le plan national et européen, avec en figure de proue les frères Galle. Pierre Galle aura d’ailleurs un rôle de Directeur Général dans le retour de Toulouse en ProB en 1995, avec le projet Spacer’s. La boucle est bouclée.

Buzzichelli Levage Sports

Pourtant, le RCMT avait réussi un bon recrutement grâce à son mécène Lilian Buzzichelli. Alors que s’est-il passé pour que celui-ci retire si rapidement ses billes du projet toulousain?

Lilian Buzzichelli est avant tout un amoureux du football. Son équipe, le Buzzichelli Toulouse Levage Sports, inscrite en championnat corporatif d’entreprise, est considérée comme l’un des tout meilleurs clubs de cette catégorie. En plus du basket, il reste donc près des terrains de football. Par ailleurs, Toulouse se morfond de ne plus avoir d’équipe à haut niveau en football depuis l’absorption du TFC par le Red Star (Seine St Denis) en 1967.

L’élément déclencheur arrive en 1969: pour réduire la passerelle entre les amateurs et les pros, la Fédération Française de Football décide de réformer la division 2, renommée Division Nationale, permettant aux semi-pros, aux amateurs et aux professionnels de se confronter. Plusieurs poules géographiques sont créées, et des équipes sont engagées sur dossier.

C’est l’opportunité pour Buzzichelli de relancer le projet d’un grand club de football à Toulouse. Il prend ainsi la tête d’un groupe d’investisseurs, qui durant le printemps 1970 font du lobbying dans la ville rose. Des matchs prestigieux sont organisés, comme un Real de Madrid-Girondins de Bordeaux qui mobilise près de 12 000 spectateurs. Devant l’engouement, la Mairie suit le projet toulousain, et aide à la création de l’US Toulouse, qui intégrera sur dossier cette nouvelle Division Nationale (D2).

L’US Toulouse reprendra en 1979 le nom de l’ancien club de haut niveau, le TFC, et adoptera un statut professionnel.

En attendant, Lilian Buzzichelli prend la présidence de ce nouveau club, et ne pouvant courir deux lièvres à la fois abandonne à son sort le RCMT. Le Racing se voit donc contraint, sans appui financier, de ne pas repartir en Nationale 1.

Voici comment le football a pris le pas sur le basket à Toulouse, en 1970. Le basket a entamé sa longue traversée du désert à ce moment-là. Comme l’explique Philippe Cazaban, coauteur du livre « Géants », en interview au magazine Boudu:

[le basket] a disparu des radars toulousains dans les années 70 80. Il n’est jamais revenu sur le devant de la scène, à part en 1996, avec le titre de ProB des Spacer’s. Cela s’explique d’abord par le manque de moyens octroyés par la Mairie de l’époque; ensuite la fierté du public toulousain, lassé que ses basketteurs n’aient jamais gagné de titre majeur (et la défaite, ici, ça ne pardonne pas !). Et enfin parce que, dans les années 1970/80, les grandes gueules et les figures iconiques du sport toulousain officiaient sur les terrains de foot et du rugby, et pas sur les parquets de basket. C’est dommage quand on y pense parce que les valeurs qu’il véhicule collent parfaitement à l’identité simple et rurale de Toulouse.

Philippe Cazaban, interview « le basket, une mélancolie toulousaine », Boudu n°21, septembre 2017

Publié par Frank Cambus

Passionné de basket, collectionneur à mes heures, j'empile les magazines et livres de basket autant que Jojo enfilait les paniers ou Stockton les passes... Il est temps de les ressortir et de les partager!

2 commentaires

  1. Vous évoquez jp Staelens a Toulouse
    Venu de Denain et retourné à Denain.
    En 1947 Jean Marie Degros, instituteur, pere de Jean, créé le club de Denain,
    13 ans plus tard il remporte la coupe de France
    Et en 1965 Denain est Champion de France avec 5 écoliers de l école Voltaire
    Dont J p Staelens
    De quoi tombé par terre, comme chante Gavroche dans les misérables…

    Réponse

    1. Incontestablement une des plus belles histoires du basket français. J’ai déjà vu des photos d’époque de la cour d’école Voltaire à Denain, avec les enfants qui jouaient au basket, c’est effectivement une belle réussite !

      Réponse

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