Bien que relativement méconnu, Jean Nichil fait pourtant partie des grandes figures du basket toulousain. Celui-ci a été fidèle au club universitaire toulousain, le TUC, toute sa carrière, et a eu l’occasion de briller sur la scène internationale du basket. On peut d’ailleurs affirmer que c’est sa présence et son dévouement qui a amené le TUC basket vers les sommets. Retour sur un parcours exemplaire.

Crée en 1905, le Toulouse Université Club est à ce jour la plus grande association toulousaine, mais aussi le plus grand club de sport d’Occitanie, avec plus de 6100 adhérents répartis sur 21 sections sportives. Et pourtant ce club est méconnu des toulousains amateurs de la balle orange car la section basket n’existe plus depuis plus d’une trentaine d’années. Le TUC a cependant écrit quelques unes des plus belles pages de l’histoire du basket dans la ville rose. Et son histoire est indisociable d’un homme en particulier, le Docteur Jean Nichil.

Un athlète accompli

Jean Nichil est né le 7 mars 1919 à Toulouse. Très bon élève et surtout sportif accompli, c’est à l’âge de 17 ans qu’il se distingue lors des championnats de France d’athlétisme, au saut en longueur, mais surtout au triple saut dont il deviendra champion de France. Il établira d’ailleurs quatre records dans cette discipline, entre le 10 juillet 1938 et le 9 juillet 1939. Evidemment, nous sommes loin des standards actuels (record français à 18,04m par Teddy Tamgho), mais les 14,15m de Jean Nichil en 1939 constituent à cette époque une performance remarquable. Il sera même sélectionné en équipe de France d’athlétisme, fort de ses résultats au triple saut.

L’Auto, 1940

Bien qu’athlète émérite sur le sautoir, Nichil possède d’autres qualités sportives à faire valoir, qui lui permettent de se distinguer aussi dans d’autres disciplines: rugby, sprint, natation. Mais c’est surtout sur les terrains de basket qu’il va s’illustrer, jonglant entre les deux disciplines.

La fulgurante ascension du basketteur

Faisant partie des joueurs les plus jeunes du Toulouse Université Club en 1934, il s’impose déjà par son charisme et son talent, couplé à de grandes qualités athlétiques qui compensent sa petite taille. Dès l’âge de 15 ans, Jean Nichil est sur tous les fronts avec l’équipe première du TUC, participant au championnat des Pyrénées et à la coupe de France de la FFBB, au championnat universitaire UFOLEP, et raflant à l’occasion quelques trophées. Malgré une place régulière de finaliste dans le très disputé championnat des Pyrénées, avec le FO Piscénois, les Cadets de St Etienne ou encore le Toulouse Athlétic Club, le TUC brille sur la scène universitaire, avec deux titres de champion de France en 1935 et 1936.

Le TUC en 1935-1936, avec le tout jeune Jean Nichil (n°7)

Grâce à ses résultats probants, le TUC envoie régulièrement des joueurs en équipe de France Universitaire. C’est ainsi que Jean Nichil étrenne ses premières capes internationales lors des Universiades de Paris en 1937. Après une correcte 4e place, Nichil se fait remarquer par les instances fédérales et est invité à tenter sa chance lors d’un regroupement pour désigner la future équipe de France. Dix-huit joueurs pour dix places, et des pointures comme Roland, André Tondeur, Robert Cohu, Jacques Flouret, Henri Lesmayoux… Bref, pour le jeune Jean Nichil, la barre est encore trop haute, mais il emmagasine un précieuse expérience pour la suite de son parcours.

Le TUC en 1937 (La Dépêche)

De retour au TUC, Jean Nichil mène son équipe vers un titre de champion des Pyrénées en 1938 puis vers des phases finales de championnat de France. Malgré le jeune âge de ses joueurs, tous étudiants, le TUC se présente comme un très sérieux concurrent pour la suprématie du basket dans la ville rose.

Fort de son statut, Jean Nichil est à nouveau convoqué pour participer aux Universiades de Monaco en 1939 avec l’Equipe de France Universitaire. Aux côtés notamment d’Emile Frézot, une grande figure du basket français, Nichil remporte le titre de champion du Monde Universitaire, en battant lors de la finale le Brésil. Une fois de plus, il se distingue comme étant l’un des meilleurs joueurs de la compétition, compensant une toute relative petite taille par de grandes qualités athlétiques.

On pourrait supposer que le tapis rouge de l’équipe de France sénior FFBB va se dérouler devant lui, mais il n’en sera rien. En raison du déclenchement de la seconde guerre mondiale, le basket international va être mis en sommeil entre 1939 et 1942.

Afin de mieux comprendre l’organisation du basket en temps de guerre, je vous conseille de vous tourner vers l’excellent article réalisé par Julien Hector pour le site Basket Rétro: Le basket français sous le régime de Vichy

Pendant ces périodes troubles, le TUC continue de disputer son championnat régional FFBB et le championnat Universitaire désormais organisé par l’OSSU. Cependant le TUC va composer sans Nichil en 1939-1940, retenu par les obligations du service militaire.

Lors de la saison 1940-41, renforcé par des anciens étudiants du Paris Université Club (notamment Jacques Robin, lui aussi international universitaire) et avec une adversité parfois amputé de joueurs cadres partis sur le front, le TUC est l’une des équipes phares du championnat des Pyrénées, derrière le TAC et l’Espérance de Toulouse, et se positionne comme l’une des équipes les plus redoutables de la zone libre. Et c’est fort de ce nouveau statut que les universitaires toulousains vont aborder la saison 1941-42, qui sera la plus réussie de leur histoire.

Pour mieux comprendre le découpage des zones: Cartographie @ Laurent Rullier pour Basket Rétro – basket-retro.com

Un « petitou » parmi les plus grands

Tout d’abord, avant de revenir sur le parcours du TUC, arrêtons-nous un instant sur le tournoi « intervilles » (sans vachettes) mis en place à Paris au mois de décembre. L’équipe qui représentera Toulouse est managée par M. Gaziniol et accompagnée de Charles Pilé, et se présente avec l’effectif suivant: Palouzié, Dartiguepeyrou, Tessier et Berlin du Toulouse Athlétic Club, Bonhouret de l’Espérance Toulouse, Dauzat du Racing Olympique Toulousain et enfin Jean Nichil du TUC.
Des sélections de Rennes, Paris, Lille et Toulouse s’affrontent donc à cette occasion, au Stade de Coubertin, en salle. Comme le précisera le journal « le Miroir des Sports » du 8 décembre 1941, les toulousains, outsiders du tournoi, « ont paru comme désorientés, mal à l’aise: ils furent surpris par les rebonds violents du ballon sur le parquet. Ils n’ont pas assez joué en salle« . Effectivement, à cette époque peu de rencontres se disputaient en intérieur, et les toulousains manquaient de repères. Après une cruelle défaite d’un point face à Rennes, Toulouse a du rendre les armes pour la 3e place face à Lille, en étant sévèrement battu 32 à 23.

Malgré tout, Nichil fut le joueur le plus en verve du côté des joueurs de la ville rose, « surclassant » même ses équipiers toulousains, alors qu’il est le plus petit sur le terrain, selon les dires du journaliste Fernand Legouge. Ce sera aussi l’occasion de constater la suprématie du basket parisien sur les autres régions, avec de nombreux internationaux dans leur rang (Hell, Lesmayoux, Etienne Roland, Frézot…).

Revenons au TUC en cette saison 1941-1942. Si l’on parle de Jean Nichil comme leader sur le terrain, il l’est aussi dans les coulisses. Âgé de 22 ans, il est le vice-Président du TUC mais aussi entraineur-joueur. Sans compter qu’il continue d’exceller sur les pistes d’athlétisme. Comme le précisait son coéquipier Jacques Robin dans les colonnes du « Cri du Peuple » le 3 juin 1942, « le TUC, c’est Nichil. Ce que le club a d’ambiance et de vitalité, il le lui doit, comme il lui doit ses succès en basket, comme il lui devra ses lauriers en athlétisme« . Il est l’incarnation du TUC.

Et des succès, le TUC en aura eu cette saison encore. Champion de la Zone Non Occupée, écartant en demi-finales le FC Lyon puis en finale la redoutable équipe de Monaco après deux prolongations, le TUC gagne le droit de rallier la capitale pour la grande finale du championnat de France. Cette finale oppose le champion de la ZNO, le TUC, face à l’US Métro, champion de la Zone Occupée.

Alors oui, face à l’armada parisienne, jouant sur un parquet, bien loin des habituels terrains toulousains en terre battue ou en mâchefer, le TUC rend les armes. L’addition parait lourde (36-14), mais n’oublions pas que les toulousains présentent une équipe composée d’étudiants, et auraient pu participer au championnat Junior. Néanmoins cela permet d’écrire le nom d’une équipe toulousaine au palmarès des finales du championnat de France.

Si le TUC va rentrer légèrement dans le rang les années suivantes, il est à noter que Nichil va encore avoir droit à un moment marquant dans sa carrière dès le printemps de l’année suivante. En effet, le 7 mars 1943, le Stade des Minimes de Toulouse accueille le tout premier France-Espagne de l’histoire, devant 7000 spectateurs. En raison de difficultés pour se déplacer sur le territoire, consécutives à l’opposition allemande, deux internationaux (Michel et Frézot) ne pourront participer au match. les défections de dernière minute donnent l’opportunité à Jean Nichil d’honorer sa seule et unique cape internationale senior. Les deux oppositions se livrèrent à un match très serré, remporté d’un point par la France. Jean Nichil n’entrera toutefois pas en jeu, malgré les réclamations du public.

France-Espagne au Stade des Minimes, 7 mars 1943 (INA.fr)

Mens sana in corpore sano

Si Jean Nichil est un athlète accompli, un bon basketteur, et très impliqué dans son club (Vice-Président et entraineur), il a aussi une tête bien faite. Ses excellents résultats scolaires obtenu au « Lycée de Toulouse » (renommé depuis « Lycée Pierre de Fermat ») lui ouvrent les portes de l’université de Médecine. Terminant ses études à la fin de la guerre, Jean Nichil devient désormais connu sur les terrains et en dehors comme le Dr Nichil.

Médecin fédéral, il va s’employer à réformer la médecine du sport, fort de son expérience de pratiquant. Comme il l’écrit dans la revue fédérale en 1945, « Dans l’état actuel du sport français, le rôle du médecin est nul et restera inopérant jusqu’à ce que des réformes totales aient été apportées […] Que l’on commence par faire de la France une nation vraiment civilisée: que nous puissions enfin nous comparer sur le plan de l’hygiène et de la santé publique aux autres grandes nations.« 

On passera sur les remarques concernant la pratique féminine de compétition, qui n’était pas dans l’air du temps. L’émancipation de la femme, c’est pas pour tout de suite…

Le Dr Nichil continuera en parallèle sa carrière de joueur au TUC jusqu’au début des années 50, plaçant toujours son club dans les meilleures équipes de la région. La reconversion comme dirigeant déjà entamée, une fois les baskets remisés, il devient le Président du TUC en 1955, succédant à Louis Bazerque, et maintient son club dans les divisions nationales.

En 1963, l’adjoint au maire de Toulouse M. Delpech, remet au président du TUC, le Docteur Nichil, la récompense du premier club omnisports de la ville (Archives du TUC)

Retour éphémère dans l’élite

Solide équipe évoluant en Nationale II, le TUC a de nouveau l’occasion de se confronter à l’élite française à la fin des années 60. Après avoir remporté son accession en première division en 1968, le TUC prend la place de l’autre équipe phare toulousaine, le RCMT, qui représente tant bien que mal la ville rose en première division depuis la fin des années 40.

Et c’est effectivement un réel chassé-croisé des deux formations toulousaines sur ces années 1968-69:
– En 1968, le TUC accède sportivement à la Nationale I, alors que le RCMT, 9e sur 12, est le premier relégué
– En 1968, le RCMT accède à nouveau sportivement à la Nationale I, en étant champion de Nationale II, alors que le TUC termine 11e sur 12 et retrouve donc la Nationale II.

William Davis 31.jpg
William Davis, la trouvaille du Dr Nichil (La Dépêche)

Loin d’être ridicules, les joueurs du TUC sont confrontés à une élite française qui s’américanise, avec parfois deux joueurs estampillés US qui viennent grossir les rangs. Le TUC n’en n’aura qu’un. Mais quel joueur ! William Davis va marquer de son empreinte la première division en cette saison 1968-69, finissant avec une belle moyenne de 29,6 points par match.
Le pistolero US n’est pas seul, avec notamment les anciens champions de France du PUC André Michi et André Souvré, ou encore Paul Salmeron qui deviendra plus tard l’entraineur du TUC. Mais cela ne suffira pas à assurer suffisamment de victoires pour se maintenir à ce niveau. C’est à ce moment que le Dr Nichil va être confronté à la dure réalité: il n’est plus possible, dans ce sport qui s’organise et tend péniblement vers une « professionnalisation », de lutter à niveau égal avec comme seuls principes le beau jeu, le plaisir, le fair-play et l’amateurisme.

Bref, le TUC va rentrer dans le rang, et se maintenir encore plusieurs saisons en Nationale II, avant que la section basket ne disparaisse.


Décédé en 2008, le Dr Nichil a maintenu tout le long de son passage au TUC cette tradition empreinte d’amateurisme intégral, d’amour du beau jeu et de plaisir. Il est incontestablement l’un des personnages les plus marquants de l’histoire du basket toulousain, et indissociable du TUC Basket… A moins que cela ne soit l’inverse ?

Le TUC en Nationale II en 1973 avec Paul Salmeron comme entraineur, le Dr Nichil en costume.

Publié par Frank Cambus

Passionné de basket, collectionneur à mes heures, j'empile les magazines et livres de basket autant que Jojo enfilait les paniers ou Stockton les passes... Il est temps de les ressortir et de les partager!

2 commentaires

  1. Toujours aussi passionnant ! Avec toutes les rencontres entre girondins et toulousains entre-deux-guerres, les articles dans les journaux bordelais sont plutôt discrets sur le docteur Nichil. Seul l’indochinois KIrby a eu le droit à des éloges…
    En tout cas les rencontres TUC – équipes de Côte d’Argent ont toujours étaient serrées, tendues… Il fallait mieux jouer à domicile ! Voici les matches des championnats de France :
    1930-1931
    SA Bordelais bat TUC
    1931-1932
    TUC bat AS Rionnaise
    TUC Bat Section Burdigalienne
    1933-1934
    TUC bat CA Béglais
    SA Bordelais bat TUC
    1934-1935
    TUC bat BEC
    AS Midi bat TUC
    1935-1936
    TUC bat CA Béglais
    1936-1937
    TUC bat Les Coureaux
    USCA Bordeaux bat TUC
    1937-1938
    TUC bat AS Rionnaise
    1938-1939
    Girondins bat TUC

    PS : Arrêter d’organiser des rencontres dans la salle des Jacobins, bien trop petite pour permettre un « démarquage effectif », l’éclairage est insuffisant… je ne parle pas de l’arbitrage ! 🙂

    Réponse

    1. Merci pour votre commentaire, effectivement Toulouse-Bordeaux, c’est un vrai derby depuis des décennies !
      Je n’avais pas listé tous ces matchs, c’est top, merci 🙂

      Réponse

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