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2m05, des bras tentaculaires, un sens du contre et du rebond sans failles. Joueur de l’ombre par excellence, malgré des actions spectaculaires, Khari Jaxon a joué quelques années en France, dans la deuxième partie des années 90, au sein de cinq clubs de l’hexagone, dont deux saisons à Toulouse. Son parcours professionnel l’a aussi amené aux quatre coins du continent américain, mais aussi en Océanie et en Chine. Il aura surtout marqué le public par sa verticalité, et la profusion de contres qu’il a assené à ses adversaires tout le long de sa carrière. Garçon curieux et ouvert d’esprit, Khari Jaxon se destinait à parcourir le globe. Son passeport a été la balle orange.

Jaxon ou Jackson? Son nom, à l’origine, s’écrivait « Jackson », mais son grand-père a décidé de changer l’orthographe afin de se démarquer d’un nom qui avait été donné aux esclaves afro-américains au XIXème siècle pour signifier une appartenance à un maître esclavagiste (The Honolulu Advertiser 22 janvier 1992).

Natif de Détroit, dans le Michigan, où il a grandi avec sa mère Jeannette Thompson, Khari Jaxon rejoint la Californie à l’entrée au collège, se rapprochant de son père, Cepheus.

Il intègre ainsi l’un des plus prestigieux lycée de l’état, la Los Angeles High School en 1987. Jusqu’en 1989, il porte le maillot des Romans, avec lesquels il se révèle comme l’un des meilleurs joueurs de son équipe, malgré une fracture du poignet qui le tiendra écarté quelques temps des terrains. Ses 18 points et 10 rebonds par match font de lui un joueur courtisé par plusieurs universités, notamment en Californie (Cal State Long Beach, Southern Cal, Pepperdine, St Jose State).

Finalement, ce n’est pas le long du Pacifique que Khari Jaxon fera ses études, préférant opter pour le Nouveau Mexique. Il rejoint l’Université éponyme à Albuquerque et entre dans la meute des « Lobos ».

Malheureusement, tout ne se déroule pas comme prévu, Khari Jaxon ne peut pas intégrer l’équipe. En effet, il n’a pas satisfait aux exigences scolaires et ses notes ne lui permettent pas de participer aux entrainements et championnat NCAA avec les Lobos.

Il doit se contenter de rester assis sur le banc pour la totalité de la saison 1989-1990.

Khari Jaxon New Mexico

Intégrant enfin l’équipe en 1990, Khari Jaxon devient rapidement l’arme défensive numéro 1 des Lobos. Son envergure lui permet de dévier de nombreux tirs adverses, et sa présence au rebond lui octroie le contrôle de la raquette. Il présentera en trois saisons universitaires des moyennes de 9,7 points à 57%, 6,4 rebonds et surtout 2,4 contres.

On notera notamment un match référence en 1992 face à l’Université d’Hawaii, remporté 79 à 67, où Khari compilera 13 points, 14 rebonds et 9 contres.

Khari Jaxon et les Lobos de New Mexico en NCAA, il porte le n°33

Au-delà de ses qualités défensives, il ne gâche rien en convertissant près des deux-tiers des tirs qu’il tente.

Mais cela ne suffit pas pour accéder à la NBA, et il ne sera pas drafté à l’issue de son parcours universitaire. Pour Marty Blake, directeur du scouting NBA, Khari Jaxon manque de gabarit pour lutter dans la raquette face aux musculeux intérieurs dans la Grande Ligue, et son tir extérieur n’est pas assez consistant pour constituer une sérieuse menace sur un poste d’ailier. Afin de démarrer sa carrière professionnelle, il n’a d’autre choix d’opter soit pour une ligue mineure américaine, soit pour le grand saut à l’international.

Et c’est la Continental Basketball Association qui s’intéressera tout d’abord à Khari Jaxon. Il est en effet drafté à l’été 1993 par les Rapid City Thrillers, en 42ème choix au 3ème tour. Cependant, avant de porter le maillot de la franchise, il rejoint la ligue d’été USBL. Ce sont les Stingrays de Palm Beach, en Floride, qui lui offrent une première expérience professionnelle.

Il s’illustre dans une équipe finissant en bas de tableau (6-18) avec 22,7 points par matchs et 2,3 contres en moyenne. Il est ainsi élu rookie de l’année, et dans le meilleur cinq du championnat, aux côtés de joueurs de référence comme Darrell Armstrong (qui évoluera notamment aux Orlando Magic) et Ken Bannister (ex joueur NBA qui fera une belle carrière sur le vieux continent). Khari Jaxon est également nommé dans le meilleur cinq défensif de l’USBL 1993, mettant en avant ses qualités dissuasives au contre.

Outre-Atlantique

L’heure est au choix pour Khari Jaxon: rester aux Etats-Unis pour jouer en CBA avec les Rapid City Thrillers, ou franchir l’océan Atlantique pour découvrir le monde professionnel à l’étranger.

Conseillé par son agent Bill Neff, Khari Jaxon décide d’accepter un contrat lucratif qui l’amène en Turquie. Ce sera à Darüşşafaka, coaché par Erman Kunter, que Khari va découvrir le basket européen.

khari jaxon darufassaka

Autour d’Emir Halimic, les deux américains de Darüşşafaka, Khari Jaxon à gauche et Cornelius Holden à droite

Le début de saison est plus que correct d’un point de vue individuel, Khari Jaxon parvenant à scorer 20 points par match, assortis de 8 rebonds. C’est d’autant plus remarquable que, comme le confie Bill Neff au Albuquerque Journal, « Jaxon subit beaucoup de prises à deux puisque l’autre américain de l’équipe (Cornelius Holden) score peu ». Malheureusement, Darüşşafaka ne tient pas ses engagements financiers et Khari Jaxon quitte la Turquie avant la fin de la saison.

Détour par le Vénézuela, aux Panteras de Miranda. Ce sera le premier des trois clubs vénézuéliens que fréquentera Khari Jaxon dans sa carrière. Il compilera 15,2 points et 6,3 rebonds par match au cours de cette première expérience sud-américaine.

Retour au bercail en mai 1994. Le natif de Detroit dans le Michigan est invité à un camp avec les Pistons, avec l’espoir de décrocher un contrat en NBA. Malheureusement, il n’aura pas l’opportunité de rester avec l’équipe après les essais, en raison une fois de plus de son manque de gabarit et l’absence de jeu au poste. L’assistant coach John Hammond déclarant que « si il va en NBA, il sera 3 (ailier). Il n’y a aucune possibilité qu’il joue 4 (ailier fort) ». Et ne pas avoir un tir extérieur consistant est rédhibitoire…

La NBA lui fermant à nouveau ses portes, Khari Jaxon reprend son baluchon et se rend dans la cité des amoureux, la sérénissime Venise. Ce sera néanmoins l’espace d’une seule rencontre sous le maillot de la San Benedetto Venezia, le 22 décembre 1994. Il marquera 3 points et prendra 5 rebonds en 12 minutes contre Udine en championnat d’Italie.

On retrouve ensuite Khari Jaxon de l’autre côté de l’Atlantique, en Argentine. Là, il porte le maillot du Pico FC, club de la ville du Général Pico. Le temps pour lui de compiler 19,1 pts à 51%, 6,2 rebonds, 1 contre par match en 11 matchs.

La saison 1994-1995 ne s’achève pas là, notre globetrotter tamponnant à nouveau son visa pour aller en République dominicaine, à San Lazaro. Il finira champion du pays battant Mauricio Baez 4 victoires à 1 en finale.

Trois maillots différents en une saison pour Khari Jaxon, qui a voyagé entre l’Italie et l’Amérique du Sud. Le prix à payer pour faire sa place dans le milieu professionnel.

Pour le deuxième été consécutif, Khari Jaxon rejoint le Vénézuela pour continuer à se développer. Ce sont les Bravos de Lara qui l’accueillent. Dominant à niveau de compétition, il émarge à 17,1 ponts et 8,6 rebonds. et en profite pour établir un record qui tient toujours, 8 contres face aux Toros le 3 juin 1995.

Auréolé d’un statut de All-Star au Vénézuela, et toujours malgré son manque de gabarit, Khari Jaxon est invité au veteran camp des Warriors, afin de tenter à nouveau de se faire une place en NBA. Ce sera malheureusement en vain. Le rêve de Grande Ligue passé, c’est un retour en Europe qui se profile. Et c’est à Toulouse en ProB, que Khari pose ses valises.

Bienvenue dans l’hexagone

Khari Jaxon débarque en cours de saison aux Toulouse Spacer’s dans une équipe ambitieuse qui a malheureusement raté son entame de championnat de ProB. En remplacement de Phil Zvenberger, il apporte l’explosivité qui manquait aux Spacer’s pour franchir un cap. Aux côtés notamment de Christophe Soulé, David Booth, il remporte le titre de ProB avec des statistiques probantes (20 points, 9 rebonds, 3 contres en moyenne). Mais malgré le titre ProB obtenu en playoffs, c’est Chalon sur Saône, premier de la saison, qui accède à la ProA en 1996.

Ce premier contact fructueux a aussi permis aux spectateurs tout comme à ses coéquipiers de constater ses qualités athlétiques au-dessus de la moyenne:

« Il y a bien une chose qui m’a surpris dans son jeu: il avait tellement de jump que lorsqu’il shootait, il ne respectait pas les fondamentaux du basket qui impose au ballon de réaliser une parabole presque parfaite…
Son ballon à lui partait donc de très haut (du fait de son jump) et filait presque en descendant (!!!) vers le panier et ce donc sans la jolie courbe qu’on travaille nous toute notre vie de basketteur !!! Ça m’a toujours étonné d’autant plus qu’il avait un bon pourcentage de réussite! »

David Caulet, son coéquipier aux Spacer’s de Toulouse en 1995-1996

Pour la saison suivante, Khari Jaxon reste à Toulouse, dans une équipe renforcée autour de Graylin Warner, Tobjorn Gerkhe, Laurent Rufier ou encore Forrest McKenzie. Dès la préparation, Toulouse donne le ton en affrontant le champion d’Europe en titre, le Panathinaikos Athènes. Malgré la défaite logique, Khari Jaxon tire son épingle du jeu en scorant 22 points face à une défense de haut niveau européen. De bonne augure pour la suite de la saison, mais aussi de sa carrière.

Les Spacer’s dominent la saison 1996-1997 et accèdent à la ProA en terminant à la première place du championnat.

En playoffs, il échoueront face à Aix-Maurienne en finale et ne pourront faire le doublé. Khari Jaxon est encore très efficace cette saison: 17,6 points, 9 rebonds et 3 contres par match.

Khari Jaxon Spacer's 1

Bim, on ne passe pas! Face à Pau-Orthez

Fort joueur de ProB, Khari Jaxon est confronté aux mêmes reproches qui lui ont fermé les portes de la NBA: il n’est pas assez costaud pour lutter dans la raquette, et son jeu extérieur n’est pas assez consistant pour passer à l’aile. En raison de ses lacunes, les Spacer’s ne le conservent pas au bénéfice du musculeux James Scott.

Khari Jaxon reste dans l’antichambre de l’élite française auprès du NPO Tours. Le projet sportif est ambitieux mais les finances ne suivent pas (ni les résultats d’ailleurs), et au bout de 19 matchs (17,3 points, 9,4 rebonds et 3,3 contres), il quitte le club qui est au bord du dépôt de bilan.

Khari Jaxon Tours

Sous le maillot du NPO Tours

Enfin en ProA

Désormais valeur sûre de la ProB grâce à ses solides statistiques à Toulouse et Tours, Khari Jaxon passe enfin le gap de l’élite en décrochant un contrat pour finir la saison 1997-1998 dans l’élite.

Khari Jaxon rejoint ainsi l’ALM Evreux en ProA. Bénéficiant de la blessure de Claude Williams, il prouve enfin qu’il a sa place dans l’élite en disputant 5 matchs à 16,2 points et 9 rebonds. L’ALM obtient son maintien de peu, mais il n’est pas conservé malgré ses statistiques solides.

Comme régulièrement, Khari Jaxon profite de la période estivale pour parfaire son jeu dans différentes ligues. Il rejoint ainsi à l’été 1998 les Purefoods Tender Juicy Hotdogs (!!!).

Derrière ce nom ô combien savoureux se cache une équipe de basket du championnat Philippin. Mais Khari Jaxon n’a l’occasion de disputer qu’une seule rencontre de la Commissioner’s Cup du Championnat des Philippines le 5 juin 1998, avant de se blesser. Six points marqués, c’est à peu près tout. Après avoir passé l’été à se soigner, Khari va revenir en France, pour retrouver la ProA.

Khari Jaxon Montpellier

Sous le maillot de Montpellier

Fun Fact. A Montpellier, Khari Jaxon évolue aux côtés de deux quadragénaires, Hervé Dubuisson, 42 ans, qui rechausse les basket pour tenter de sauver la mise à son équipe, et Ron Anderson, 41 ans, ancien joueur des Sixers.

Retour en France à Montpellier, coaché par une légende, Hervé Dubuisson. D’aucuns prédisent à l’équipe une saison galère, et ce sera malheureusement le cas. Khari Jaxon tire son épingle du jeu avec 15,1 points, 7,5 rebonds et 2,1 contres par match.

A l’orée de la saison 1999-2000, fort de son nouveau statut dans l’élite, Khari Jaxon est mis à l’essai au CSP Limoges au mois d’août. Après des essais non fructueux, le CSP jette son dévolu sur Harper Williams, et Khari Jaxon est contraint de chercher un nouveau contrat.

Et cela sera à l’autre bout de la planète: il est mis à l’essai aux Perth Wildcats, dans le championnat Australien. C’est son ancien coéquipier à New Mexico, Luc Longley, champion avec les Bulls, qui le propose à l’équipe australienne. Mais le contrat de 10 jours n’aboutit pas à quelque chose de plus pérenne, et c’est à nouveau en France que Khari Jaxon va évoluer pour le reste de la saison, pour son cinquième club dans l’hexagone.

Khari Jaxon arrive en cours de saison à Hyères-Toulon en ProB, pour remplacer Brent Dabbs, il disputera au final 19 matchs de championnat et accompagnera le HTV en demi-finale des playoffs. Cette nouvelle expérience française lui permet de bien rebondir après l’expérience avortée en Australie. Il compile à nouveau des statistiques flatteuses avec 12,6 points, mais surtout 10,3 rebonds et 2,1 contres par match.

Nouveau millénaire, nouveaux pays

Khari Jaxon retente une nouvelle expérience en Australie pour le nouveau millénaire, après son passage à Perth l’année précédente. Il est accueilli aux Brisbane Bullets, une équipe de bas de tableau du championnat NBL pour la saison 2000-2001. Il sera néanmoins en difficulté, disputant 16 matchs à 3,8 points (30%), 7 rebonds et 1,4 contres. Brisbane finira avec un piètre bilan de 4 victoires pour 24 défaites…

Khari Jaxon est recruté en cours de saison par l’équipe des Winling, à Hong Kong, alors mal en point dans le classement. Il rejoint en avril 2001 l’équipe en même temps que Darren Henrie, un fort shooteur ayant évolué en CBA (qui détient notamment un record de 9/14 à 3 points sur un match).

Dès leur premier match face aux Liaoning Hunters (Chine), ils marquent la rencontre de leur empreinte (38 points pour Henrie, 32 pour Jaxon).

Hong Kong participe à la Asian Basketball Confederation, et terminera à la 4ème place de la compétition.

Au début de la saison 2001-2002, Khari Jaxon rejoint l’Espanol de Talca, au Chili. C’est l’occasion de découvrir un nouveau pays d’Amérique du Sud. Cependant, il ne dispute aucun match officiel, quittant le club une semaine après avoir signé son contrat.

Cette saison 2001-2002 marque la fin de la carrière professionnelle de Khari. En effet, il passe plusieurs mois sur la touche avant de retrouver un contrat dans son pays d’origine, aux Etats-Unis. Il rejoint le Sioux Falls Skyforce en CBA en janvier 2002 pour trois matchs, et quinze minutes, trois rebonds et un contre au total.

Puis, après ce court passage aux Etats-Unis, il part terminer la saison à nouveau au Vénézuela, aux Marinos de Oriente.

Enfin, pour finir sa carrière, Khari retourne une dernière fois en Asie, rejoignant pour une ligue d’été l’équipe chinoise de Tianjin Steel.

La carrière professionnelle de Khari Jaxon s’arrête à l’issue de cette dernière expérience en Chine. Rentré depuis aux Etats-Unis, il travaille sur Atlanta.

De la Californie à la Chine en passant par l’Amérique du sud, l’Océanie, l’Europe et notamment la France en une dizaine d’années de carrière, on peut dire que Khari Jaxon aura roulé sa bosse aux quatre coins du globe. Trop léger pour jouer 4, pas assez shooter pour jouer 3, il n’aura jamais pu pousser les portes de la NBA. Pourtant son parcours reste singulier, celui d’un baroudeur aux bras tentaculaires, au timing impeccable et à l’explosivité hors norme: partout où il est passé, il a enthousiasmé les foules.

journey map

Un aperçu du parcours de Khari à travers le monde!

Stats KJ

Ses stats en carrière

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Publié par Frank Cambus

Passionné de basket, collectionneur à mes heures, j'empile les magazines et livres de basket autant que Jojo enfilait les paniers ou Stockton les passes... Il est temps de les ressortir et de les partager!

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